Identification
Bd est invisible à l'œil nu. Il vit dans la couche externe kératinisée de la peau des amphibiens adultes et dans les pièces buccales kératinisées des têtards. Au microscope, des raclages cutanés ou des coupes histologiques montrent de petits sporanges sphériques à paroi lisse à l'intérieur des cellules de la peau ; les sporanges mûrs libèrent les zoospores par un tube de décharge. Chaque zoospore mesure environ 3–5 µm et nage grâce à un seul flagelle postérieur.
En pratique, Bd est détecté par des écouvillonnages cutanés et une PCR quantitative, qui permet aussi d'estimer la charge infectieuse. Chez les animaux malades, on observe une mue excessive, une peau rougie, de la léthargie, la perte du réflexe de redressement et des postures anormales, mais beaucoup d'animaux infectés ne présentent aucun signe et certaines espèces portent Bd sans tomber malades.
Habitat et écologie
Bd est présent sur tous les continents où vivent des amphibiens. Il a besoin d'humidité et survit dans l'eau et les substrats mouillés ; les zoospores ne nagent que sur de courtes distances, si bien qu'il se propage surtout par contact entre animaux, par l'eau partagée et par le déplacement d'animaux, de boue ou de matériel. Les études génétiques indiquent une origine en Asie de l'Est, la péninsule coréenne étant identifiée comme source probable d'une lignée répandue dans le monde entier, et le commerce international d'amphibiens vivants comme voie majeure de diffusion au XXe siècle.
L'issue de la maladie dépend de l'espèce hôte, de la température, du climat et de la souche du champignon. Les milieux de montagne et les habitats frais et humides ont connu certains des déclins les plus graves.
Usages et importance
Bd n'a pas d'usage commercial ; son importance est écologique. Une évaluation mondiale publiée en 2019 a attribué le déclin d'environ 500 espèces d'amphibiens, dont environ 90 extinctions présumées, à la chytridiomycose causée par Bd et son parent B. salamandrivorans ; l'ampleur de ces chiffres a depuis été discutée, mais il existe un large consensus pour considérer Bd comme une menace majeure pour les amphibiens.
Le champignon tue en abîmant la peau, par laquelle les amphibiens régulent l'eau et les sels ; les infections graves entraînent un déséquilibre électrolytique et un arrêt cardiaque. Bd est aujourd'hui un modèle pour étudier les maladies émergentes de la faune, la résistance des hôtes et le rôle des bactéries cutanées qui peuvent protéger les amphibiens. L'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) inscrit l'infection à B. dendrobatidis parmi les maladies des amphibiens à déclaration obligatoire.
Sécurité et comestibilité
Bd n'infecte ni l'être humain ni les mammifères, et ce n'est pas un aliment. Le risque concerne les amphibiens. Des gestes simples limitent sa diffusion : ne déplacez pas d'amphibiens, de têtards, de pontes, d'eau ou de boue d'un site à l'autre ; ne relâchez jamais dans la nature des amphibiens de terrarium ou d'aquarium ; nettoyez et séchez bottes, épuisettes et matériel entre deux mares et désinfectez-les lorsque des protocoles existent ; signalez les mortalités inhabituelles d'amphibiens aux autorités ou associations de protection de la nature.
Les éleveurs et commerçants doivent mettre en quarantaine les nouveaux animaux et utiliser les tests recommandés par les vétérinaires. Les chercheurs et bénévoles doivent suivre les protocoles d'hygiène de leurs sociétés herpétologiques ou autorités nationales.
En cas de suspicion d’intoxication par des champignons, appelez immédiatement le 15 ou le 112, ou un centre antipoison, même avant l’apparition des symptômes, et conservez les restes des champignons.
Confusions possibles
Le parent le plus proche est Batrachochytrium salamandrivorans (Bsal), décrit en 2013, qui tue surtout les salamandres et les tritons et progresse dans certaines régions d'Europe. Les deux se distinguent par des tests PCR spécifiques. D'autres causes de mortalité massive d'amphibiens incluent les ranavirus et les moisissures aquatiques comme Saprolegnia, qui ne sont pas de vrais champignons ; le diagnostic nécessite un laboratoire.
En France
En France, Bd a été détecté dans de nombreuses régions, et des mortalités de crapauds accoucheurs (Alytes obstetricans) ont notamment été documentées dans des lacs d'altitude des Pyrénées. Les mares de montagne, fraîches et humides, sont particulièrement sensibles.
Si vous fréquentez plusieurs mares ou lacs (naturalistes, pêcheurs, randonneurs, gestionnaires d'espaces naturels), nettoyez et faites sécher votre matériel entre deux sites et signalez toute mortalité anormale d'amphibiens aux gestionnaires d'espaces naturels ou à la Société herpétologique de France.