Identification
Ce que l'on récolte et vend sous le nom de chaga n'est pas un carpophore classique mais une masse stérile (un amas de mycélium et de tissu ligneux) qui perce le tronc d'un arbre vivant, en général un bouleau. Elle est irrégulière, de 10–40 cm ou plus, avec une surface externe noire, profondément crevassée, qui ressemble à du charbon brûlé ou à du mâchefer. À l'intérieur, la matière est dure et liégeuse, brun rouille à brun doré, souvent marbrée de crème près du bois.
Le stade producteur de spores est très différent : après la mort de l'arbre hôte, le champignon forme sous l'écorce une mince couche brune porée, éphémère et rarement remarquée. Le champignon appartient aux Hymenochaetaceae, dont les tissus noircissent à la potasse (KOH) et qui n'ont pas de boucles.
Les broussins (excroissances ligneuses de l'arbre) et les vieux polypores noirs sont souvent pris pour du chaga ; entailler l'excroissance pour vérifier l'intérieur brun orangé est le contrôle de terrain le plus simple.
Habitat et écologie
Le chaga est un parasite des arbres vivants, avant tout du bouleau (Betula), et parfois de l'aulne, du hêtre, de l'orme et d'autres feuillus. Il pénètre par des blessures et provoque une pourriture blanche du cœur qui s'étend dans le tronc pendant de nombreuses années ; les arbres infectés finissent par mourir et se briser. La masse stérile peut croître pendant des décennies.
Il est réparti dans les forêts boréales et tempérées fraîches de l'hémisphère Nord, notamment en Scandinavie, en Russie, en Europe du Nord et centrale, au Canada et dans le nord-est des États-Unis, dans le nord de la Chine, en Corée et au Japon. Seule une faible proportion des bouleaux le porte, et la demande croissante fait craindre dans certaines régions une surexploitation et des dégâts aux arbres.
Usages et importance
Le chaga est utilisé dans les traditions populaires russes et nordiques, surtout en infusion. Il est aujourd'hui vendu en morceaux, en poudre, en infusions et en extraits.
La recherche s'est intéressée aux polysaccharides, aux polyphénols et aux pigments de type mélanine, ainsi qu'aux triterpénoïdes comme l'inotodiol, le lanostérol et des dérivés de la bétuline, ces derniers provenant en partie du bouleau hôte. Dans des études sur cellules et sur animaux, des extraits ont montré des effets antioxydants, anti-inflammatoires, immunomodulateurs et antitumoraux. Ce sont des résultats préliminaires : les essais cliniques solides chez l'être humain font défaut, et les résultats de laboratoire ne peuvent pas être transposés directement à l'être humain.
La composition du chaga sauvage varie beaucoup selon l'hôte, l'âge et la région, tandis que le mycélium de chaga cultivé a un profil chimique différent de celui de la masse sauvage.
Sécurité et comestibilité
Le chaga n'est pas un champignon culinaire. Son principal risque connu est sa très forte teneur en oxalates. Plusieurs cas publiés décrivent une néphropathie oxalique, une forme d'atteinte rénale, chez des personnes ayant consommé régulièrement de la poudre de chaga pendant des semaines ou des mois, menant dans certains cas à une insuffisance rénale définitive. Les personnes atteintes d'une maladie rénale ou ayant des antécédents de calculs rénaux sont particulièrement exposées.
Des études de laboratoire suggèrent aussi des effets sur la coagulation et la glycémie : les personnes sous anticoagulants, antiagrégants plaquettaires ou traitement du diabète, les femmes enceintes ou qui allaitent et toute personne devant être opérée doivent consulter un médecin avant toute utilisation. Le chaga ne traite aucune maladie.
Dans l'Union européenne, les compléments alimentaires relèvent de la réglementation des denrées alimentaires et aucune allégation de santé n'a été autorisée pour le chaga. Selon l'Autorité finlandaise de l'alimentation, le chaga est considéré comme un nouvel aliment dans l'UE, son usage dans les compléments alimentaires n'étant admis que sous forme de matière broyée ou d'extraits aqueux ou éthanoliques.
En cas de suspicion d’intoxication par des champignons, appelez immédiatement le 15 ou le 112, ou un centre antipoison, même avant l’apparition des symptômes, et conservez les restes des champignons.
Confusions possibles
Sur le bouleau, l'amadouvier (Fomes fomentarius) forme des consoles grises en sabot avec des pores dessous, et le polypore du bouleau (Fomitopsis betulina) des consoles lisses, pâles, en forme de rein ; aucun n'est noir et crevassé avec un intérieur brun orangé. Les Phellinus forment des consoles dures en sabot à pores bruns. Les broussins et les blessures cicatrisées du bouleau sont entièrement ligneux. Entailler l'excroissance pour voir l'intérieur liégeux brun rouille aide à reconnaître le chaga, mais l'origine du produit doit tout de même être vérifiée.
En France
En France, le chaga est rare : on le rencontre surtout sur les bouleaux des régions fraîches et des montagnes, et l'essentiel du chaga vendu est importé, notamment de Russie, de Scandinavie et du Canada. Ne le prélevez pas sans l'accord du propriétaire de la forêt, et n'abîmez jamais l'arbre.
En France, les compléments alimentaires sont soumis à la réglementation alimentaire et déclarés auprès de la DGCCRF ; l'ANSES gère un dispositif de nutrivigilance qui recueille les effets indésirables liés aux compléments. Si vous envisagez d'en consommer, parlez-en d'abord à votre médecin ou à votre pharmacien, surtout en cas de problème rénal ou de traitement en cours.

